Rita Levi-Montalcini : la science, moteur de vie

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Alors que s’éteignait en sa demeure, le 30 décembre 2012, une très grande et belle vieille dame italienne, prix Nobel de Physiologie en 1986, Rita Levi-Montalcini, plusieurs publications illustraient ce qui fut la passion de sa vie, la biologie des cellules et des neurones en particulier, avec leur capacité à fournir à nos cerveaux tout ce dont nous avons besoin pour guérir.

La découverte du NGF

L’organisme est, par ailleurs, capable de synthétiser lui-même ce qu’on appelle “ la pharmacopée divine ” avec notamment les endorphines (équivalent de la morphine, l’anandamide (équivalent de la marijuana); “ le cerveau est capable de sécréter lui-même ses propres anti-dépresseurs, anxiolytiques, et ses hallucinogènes ”.

Dès 1990, Rita Levi-Montalcini avait attiré l’attention de la communauté scientifique sur le palmitoylethanolamide (PEA), qui souffle le froid sur la peau, là où le Nerve Growth Factor (NGF)*  fait flamber la douleur chronique. Le facteur de croissance neuronale est capable du pire ou du meilleur, question de dose et de timing. Ainsi, l’euphorie de la passion amoureuse  – entre un et trois ans selon les auteurs – est liée à la flambée du NGF dans chacun de vos neurones. La prochaine fois que votre cœur bat la chamade, « soyez content que ça ne vienne plus de vos sentiments » comme chantait déjà Béart en 1965 ! Et quand le crépitement de vos neurones s’apaisera, recommencez (l’addiction au NGF semblerait exister !) ou succombez à la force de l’attachement et de son neuromédiateur  câlin, l’ocytocine** qui fut découverte, chez la chatte, en 1906 par un autre Nobel, Henry Dale.

La science comme sacerdoce

C’est sous les bombes que Rita Levi-Montalcini commença ses travaux sur le facteur de croissance neuronal, courant les fermes pour y récupérer des œufs embryonnés, puisque Mussolini chassait les juifs des universités. Ses découvertes doivent beaucoup à l’heureux mélange d’une grande intuition doublée d’une persévérance qui lui fait mille fois dans l’œuf ou la souris recommencer les expériences, à Saint Louis aux USA, pour trouver le NGF puis le Transforming Growth Factor*** avec son collègue Stanley Cohen, en 1950.

Dormant peu (5 heures par nuit), se contentant bien souvent d’un seul repas, elle était entrée en sciences comme d’autres dans les ordres, faisant une croix, sans aucun regret,  sur une vie possible d’épouse et de mère. La mort, des suites d’une leucémie, de sa gouvernante Giovanna a décidé de sa carrière. Revenue en Italie en 1969, elle a créé l’European Brain Research Institute en 2002.

Nul doute que la lumière du visage de ce prix Nobel venait d’un cerveau irradiant à merveille, « Mens sana in corpore sano », comme disait Juvénal. Élégante du haut de ses talons jusqu’au bout des ongles, chignon d’une blancheur étincelante, cette biologiste pétillante, qui disait, le jour de ses 100 ans, champagne à la main, que son cerveau fonctionnait mieux qu’à 20 ans, réconcilie avec la perspective de vieillir. Travailler sans relâche, chercher, ne jamais laisser la petite flamme s’éteindre, la vie de Mademoiselle Levi-Montalcini est un hymne à la persévérance.

L’alchimie de sa réussite ? Une détermination farouche, un mépris des obstacles et l’absence de complexes. Sa trajectoire laisse beaucoup mieux qu’une descendance, une inspiration pétillante d’énergie pour les générations futures.

Anne-Claire Gagnon
Mid&Flandres

*Facteur de croissance des nerfs
**The orgasmic history of oxytocin: Love, lust, and labor

*** Facteur de croissance transformant

À LIRE

Éloge de l’imperfection – Rita Levi Montalcini – Odile Jacob

L’atout gagnant – Rita Levi Montalcini – Robert Laffont

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