Romans : un premier qui compte

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Parmi les premiers romans de la rentrée littéraire, voici une sélection de six titres que trois bibliothécaires de l’association Culture et Bibliothèque Pour Tous vous invitent à découvrir. Attention talents !

©Premiers romans -Mid&Plus

Ceux que je suis de Olivier Dorchamps (Éditions Finitude, août 2019, 252 p.)
par Dominique Autissier
Marwan, le narrateur, est l’un des 3 fils de Tarek, marocain d’une cinquantaine d’années, garagiste à Clichy. Éduqués de façon laïque et « détachés » du Maroc, études brillantes, réussite professionnelle, les enfants sont et se sentent profondément français. Aussi ne comprennent-ils pas que leur père décédé brutalement ait laissé des dispositions pour être enterré au Maroc. C’est Marwan qui accompagnera le corps par avion, alors que le reste de la famille fera le voyage en voiture. Sa grand-mère qu’il connait peu, lui révèlera l’histoire de la famille. Roman sur les origines, l’identité, la double culture. L’écriture est sensible, fluide et non dénuée d’humour, bref une lecture agréable et un premier roman plutôt réussi.

L’été meurt jeune de Mirko Sabatino (Éd. Denoël (et d’ailleurs), juillet 2019, 279 p.)
par Béatrice Bothier
L’été 1963, dans un village des Pouilles, trois enfants de 12 ans vont soudainement basculer dans l’âge adulte. Leurs pères respectifs sont absents et ils savent que c’est à eux de veiller sur leurs mères et leurs sœurs. Dans les ruelles, les clans ennemis s’affrontent ; ils doivent  vaincre et la peur et la violence aveugle des ados qui cherchent la bagarre.  Le code d’honneur qui prévaut veut que l’offense  soit lavée dans le sang. Dans ce village, où la religion mesure la qualité d’une âme, c’est une malédiction pour une fille d’être trop belle… Une belle histoire d’amitié, d’amour ; que la bêtise, la perversité viennent souiller à tout jamais. Roman d’une rare intensité.

L’imprudence de Loo Hui Phang (Éditions Acte Sud, 2019, 139 p.)
par Béatrice Bothier

Deux enfants laotiens, « boat people » à 8 et 10 ans, reviennent au pays pour enterrer leur grand-mère. De cet exil, qu’ont-ils laissé, qu’ont-ils gagné ? Chacun a surmonté l’épreuve à sa façon. La narratrice est, comme sa grand-mère, un caractère fort qui prend des risques et pour qui la liberté n’a pas de prix. Son frère a enfoui son chagrin et trimballe un mal-être que rien ne peut consoler. Quant au grand-père, il a sa part d’exil : un amour secret pour une femme disparue. Cette écriture réaliste et parfois brutale, tant il y a peu d’épanchement sentimental, décrit bien la perte d’identité. Notre seul territoire est notre corps, l’intime ou s’expriment jouissances et douleurs, que l’écriture précise de l’auteur  traduit avec finesse.

©Premiers romans2 - Mid&Plus

Le bal des folles de Victoria Mas (Éditions Albin Michel, août 2019, 256 p.)
Lauréate du prix Stanislas et du prix Première Plume 2019, sélectionné pour le prix Renaudot et le prix Premier Roman
par Béatrice Bothier
En 1885, étaient considérées comme aliénées les hystériques, les épileptiques, les mélancoliques, et également les «  voyantes » , considérées comme en proie au démon. Elles étaient internées à la Pitié Salpêtrière, dans le service du Docteur Charcot. Et là, le docteur Babinsky s’y livrait à diverses expériences avec ces malades, dont l’effet était spectaculaire pour le public mais dangereuses pour le malade. Eugénie, la voyante, et Geneviève, l’infirmière en chef, vont cependant sortir du cadre qui leur est imposé, car elles souffrent également d’avoir été rejetées par leurs familles. Malgré tant d’années dédiées aux aliénées, Charcot ne fait pas confiance à Geneviève lorsqu’elle plaide la cause d’Eugénie. Sans l’intervention de son frère, rongé par le remords d’avoir été complice, et celle de Geneviève, la jeune fille n’aurait jamais retrouvé sa liberté. Roman captivant, nous questionnant sur les limites de la science et de la conscience.

Nafar de Mathilde Chapuis (Édition Liana Levi, août 2019, 160 p.)
par Florence Desgranges
Dans la nuit noire, un homme court à travers bois. C’est un migrant, un « nafar » qui fuit son pays, la Syrie, pour rejoindre l’Europe. L’homme s’apprête à franchir le fleuve frontière le Méric. Il espère  aller jusqu’en Suède, pays qui lui offrira une nouvelle vie. Mais la route ne fait que commencer et les obstacles de l’exil sont nombreux… Mathilde Chapuis, dans ce premier roman, retrace le périple d’un migrant. Pour cela, elle se place dans sa tête pour mieux nous faire comprendre les conditions de l’exil : ce qui attend les hommes et les femmes remplis d’espoirs et de rêves, quittant leur pays pour un nouveau départ. Porté par une écriture très forte, le récit avec de nombreux allers-retours décrit les différentes étapes de cette traversée périlleuse. Les mots sont choisis et captivent. C’est une quête de soi, un regard différent aussi  qui permet de réfléchir sur la question de l’exil.

Une histoire de France de Joffrine Donnadieu (Édition Gallimard, août 2019, 272 p.)
par Florence Desgranges

Toul 1999, Romy est âgée de neuf ans. Sa mère est malade, son père est très pris par son travail. Elle est confiée à une voisine France, maman de deux jeunes garçons. Jour après jour, France adopte un comportement de prédatrice. La vie de Romy devient un véritable calvaire. Les années passent. Une décennie plus tard, Romy est devenue une enfant brisée, qui se bat contre elle-même… Dès les premières pages de ce roman qui aborde le thème de la pédophilie au féminin, le ton est donné. Dans un exercice délicat, Joffrine Donnadieu, avec pour seul rempart la précision de son style, le sens de l’observation et un grand souci de détail, décrit -sans ménager le lecteur-  dans une première partie l’enfer dans lequel est plongée la jeune Romy. Les psychologies des personnages sont finement analysées. Les scènes, parfois insoutenables, sont bien rendues. Une seconde partie traite des répercussions et des traces irréversibles que laisse un tel traumatisme tout au long de la vie. Un livre magnétique, dont on sort ébranlé car rien n’est épargné.

Béatrice, Dominique, Florence

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