Laurence Grenier, un amour de Proust 

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Pharmacienne à l’origine, Laurence quitte la France pour suivre son mari américain à Boston, lorsqu’une phrase de son père fait écho en elle, « Tu devrais lire Proust ». Elle part avec « Un amour de Swann » dans sa valise et ainsi naîtra son compagnonnage avec l’écrivain et son œuvre qu’elle ne quittera jamais plus.

Une première approche

À 50 ans, elle commence par lire « Du côté de chez Swann » sans grand enthousiasme. En avouant : « Un type qui met 32 pages pour mettre un pied par terre, ça me plaisait mais rien de spécial. J’ai continué et arrivée au passage de ses souvenirs d’enfance, une poignée de tilleuls plongée dans du thé me bouleverse, je fonds en larmes et un sanglot remonte à la surface, je n’ai pas su pourquoi. » Elle se souvient alors que, travaillant aux États-Unis dans la peinture décorative, elle avait interviewé quelques 120 personnes pour savoir ce qui, dans une peinture, les attirait. Les réponses allaient de « l’utilisation du blanc » à « la perspective » en passant par « j’aime le flou « ou « il me faut une fenêtre ouverte car je suis voyeur ». Et, à son grand étonnement, plusieurs lui racontent avoir eu un choc esthétique, un syndrome de Stendhal.

Le syndrome de Stendhal

C’est là l’explication du ressenti de Laurence dont voici la définition : « le sujet développe une admiration sans borne pour l’œuvre d’art et une impression de ‘sublime’ finit par le déborder émotionnellement ». Subjuguée par Proust, Laurence lit alors à toute vitesse « À la recherche du temps perdu » et se sent touchée. « Je disais toujours que j’étais profondément superficielle et tout d’un coup, j’ai senti que j’étais descendue en moi-même ». Elle partage son amour de Proust dans les Alliances françaises de New-York, Boston, Chicago avec la Pléiade en 4 volumes mais les spectateurs trouvent ce récit trop long. Elle décide d’écrire une version abrégée.

« J’avais l’impression de faire un don à l’humanité car en plus d’être très drôle, c’est un démultiplicateur de vie qui nous apprend à observer ! »

Proustiens et Proustiennes

Que ce soit en Amérique ou en France, les adeptes de Marcel Proust sont légion, certains l’ont lu plus de huit fois, d’autres pleurent à chaque page. Pour les plus jeunes, Laurence a analysé ce qui dans Proust peut les toucher, un ouvrage lu dans les écoles d’Eure-et-Loir par 25 000 élèves ou dans les Prépas du lycée Victor-Duruy à Paris. Elle organise aussi des diners littéraires, au parc de Sceaux ou dans les jardins du Luxembourg, elle parle aux promeneurs en les haranguant comme les bateleurs de Hyde Park à Londres. Et pour railler les phrases longues de l’écrivain, une banderole de 60m de long avec une seule phrase a été déployée autour de l’église d’Illiers-Combray où se trouve le Musée Proust. Dernièrement, au Palais-Royal, ce sont des passionnés de littérature qui sont venus réciter les oeuvres qu’ils connaissent par cœur.

« Quelle va être ma prochaine idée ? » se demande-t-elle maintenant… Une série est en cours d’écriture, le temps perdu de Proust a repris de la vigueur sous la plume de Laurence qui ne compte pas s’arrêter là.

Vicky Sommet

« Proust pour tous » de Laurence Grenier aux éditions du Palio, avril 2021.
« Du côté de chez Proust » de Laurence Grenier aux éditions First, mars 2019.

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