Assez bien !

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Beckett disait « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. », une belle leçon de vie pour essayer, nous les femmes, d’arrêter de nous déprécier, d’accepter nos erreurs et nos faiblesses, pas notre médiocrité, mais notre vie moyenne si signifiante pour nous et acceptons d’être les héroïnes du « assez bien » ! 

Pas trop mal

Qui est sage et qui ne l’est pas ? Qui est digne de pardon ou de rancœur ? Qui mérite notre intérêt et pas notre attention ? À ces questions, les réponses sont subjectives mais elles devraient prendre en compte notre humilité face à l’autre qui n’est pas toujours dans la performance pour être attentive au processus plutôt qu’au résultat. Évidemment, nous vivons des moments de doute, de désenchantement, difficile d’échapper au sentiment qu’on aurait pu mieux réussir sa vie. La quête de reconnaissance doit nous inciter à trouver un juste milieu, ce que les Anciens appelaient l’« aurea mediocritas », la médiocrité dorée selon Aristote. Aux rêves de grandeur, il vaut mieux opposer le bénéfice vraisemblable au plaisir fugace du succès. Gardons-nous des extrêmes et comme le temps n’a pas le temps d’explorer le juste milieu, essayons de faire « pas trop mal » en nous affranchissant du « pas assez bien » !

De la passion à la raison

Les romans nous emmènent souvent dans des territoires de fiction qui n’ont rien à voir avec la réalité, mais s’ils sont d’excellents pansements pour notre vie affective, la noblesse de notre train-train quotidien ne doit pas nous laisser insensible. Notre anxiété sociale, l’importance du regard des autres sur qui nous sommes, ce que nous disons ou vivons, est à décortiquer pour ne garder que ce qui peut nous enrichir. Insatisfaction permanente, rejet de nos échecs ou déception professionnelle, même ceux qu’on taxe de « très bons » souffrent de ne pas être excellents. Une solution, s’imprégner de l’infime, de l’insignifiant, du différent, c’est prendre en compte la généalogie d’une trajectoire. Reconnaître les limites de son esprit, si nous cessons de nous comparer aux autres, nous aurons plus de facilité à vivre heureux et nous gagnerons en assurance et en puissance. Pour Edouard Glissant «  Le droit à l’opacité », c’est valoriser ce qui est invisible, intraduisible ou méconnu mais qui existe bel et bien en nous. Pour Lévinas, la formule de politesse « Après vous » devrait être la plus belle définition de notre civilisation.

Arrêtons de confondre monde et miroir, en amour acceptons que l’autre ne soit pas notre double et oublions les bravos et les médailles pour accueillir avec joie les « sans grade ».

Reste à réfuter les mots de Tchékhov « Le bonheur se trouve toujours dans l’avenir, ou aussi dans le passé, et le présent peut être comparé à un petit nuage sombre que le vent chasse au-dessus de la surface ensoleillée : devant et derrière lui tout est lumineux, lui seul projette toujours une ombre. Le présent est ainsi éternellement insuffisant » et d’insister pour que le « pas mal » comme le « assez bien » figurent dans le top 5 de nos envies de bonheur.

Vicky Sommet

« Éloge des vertus minuscules » de Marina van Zuylen aux éditions Flammarion (avril 2023).

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