Nos livres pour Noël

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Notre équipe vous confie sa sélection d’ouvrages à mettre sous le sapin, à glisser dans son sac de week-end de fêtes ou sur sa table de nuit pendant cette pause de fin d’année. Au choix, cinq romans, un beau livre, une BD : bonne lecture !

©Nos livres de Noël Mid&PlusPerspective (s) de Laurent Binet (Éditions Grasset, 2023)
par Vicky Sommet
Ce roman historique se déroule au XVIème siècle à Florence où le peintre Pontormo a été assassiné au pied des fresques qu’il peignait. Toute l’intrigue se déroule dans un échange de lettres entre le Pape, la Reine de France Catherine de Médicis, le vieux Michel-Ange, le peintre Bronzino et Vasari, l’inventeur de l’histoire de l’art. Le mystère est entier, mais une enquête discrète est menée pour découvrir les raisons de cette disparition suspecte : les portraits de femmes dénudées ou le caractère violent de l’artiste, les soupçons sont multiples et chacun y va de son explication. Un polar écrit avec talent et érudition ! Lettre de la Duchesse de Florence au Pape Paul IV : « Heureusement il a plu à Dieu de rappeler à lui ce vieux fou et sa mort providentielle… ne lui a pas permis de mener à bien son entreprise impie… interrompue sitôt après avoir vu ces fresques hérétiques. Ainsi j’ai l’honneur d’informer Votre Sainteté qu’il n’y aura pas de deuxième Sixtine à Florence, ni aujourd’hui, ni jamais ».

♥ Proust, roman familial de Laure Murat (Robert Laffont – Prix Médicis essai 2023)
par Michèle Robach
Comme Albertine dans A la recherche du temps perdu, Laure Murat aurait pu rester prisonnière. Mais à 19 ans, elle a choisi de s’échapper de son milieu aristocratique et trouver sa propre voie. Héritière de la noblesse d’Empire par son père et de la noblesse d’Ancien Régime par sa mère, elle met à jour dans Proust, roman familial, les très nombreuses connexions entre sa famille aristocratique et les personnages de la Recherche dont elle montre l’hypocrisie et la vacuité. Comme elle le dit « Proust m’a donné la lucidité », celle de s’affirmer, d’aimer qui elle veut et d’assumer son homosexualité. Un bel exemple du pouvoir libérateur de la littérature. On peut également prolonger le plaisir de la lecture en allant écouter le rythme et la musique de l’écriture proustienne. L’interprétation sensible du comédien David Legras au Théâtre de la Contrescarpe¹ nous entraine dans les lieux de mémoire du narrateur de la Recherche. À Combray, chez Tante Léonie, c’est le temps du souvenir et de la révélation, celui où le goût d’une madeleine fera surgir la nostalgie du déjà-vu déjà-goûté. Mais les extraits s’enchaînent avec rythme, énergie et l’on ressent le monde à la manière de Proust, avec sa respiration, ses hésitations, ses murmures, ses répétitions, ses inflexions, son ironie. Avec ces deux œuvres, littérature et théâtre s’éclairent mutuellement. Deux très belles expériences au plus près de la lecture de Marcel Proust.
¹À la recherche temps perdu avec David Legras, mise en scène Virgil Tanase (les dimanches à 14h30 – dernières en décembre).

♥ Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea (Éditions de l’Iconoclaste, 2023)
par Brigitte Leprince
Follement romanesque et très lointain de nos angoisses quotidiennes, le récit de Jean-Baptiste Andrea nous transporte en Italie aux côtés d’un sculpteur au talent irrésistible et d’une aristocrate déjantée tout aussi irrésistible ; quel lien improbable va se tisser entre ces deux personnages ? Sur fond de fascisme au contact du marbre omniprésent, une amitié amoureuse profonde naît entre Mimo et Viola, entrecoupée de séparations, de disputes, de retrouvailles. Jean-Baptiste Andrea a l’art du conte et celui de croquer des personnages qui agissent comme des aimants. Tous les ingrédients sont assemblés pour transformer le Goncourt 2023 en une parenthèse fraîche et attendrissante.

@Nos livres de Noël - Mid&Plus Jeanne par Jeanne Moreau textes choisis et présentés par Jean-Claude Bonnet (Beaux livres Gallimard, €39, octobre 2023)
par Marie-Hélène Cossé
Une fois n’est pas coutume, un beau livre richement illustré au pied du sapin plutôt qu’un roman… Fascinée depuis Jules et Jim par la liberté et la fantaisie de l’actrice et de la femme, qu’elle n’a pas été ma surprise de découvrir qu’en plus du théâtre et du cinéma Jeanne Moreau avait l’écriture et la lecture dans les veines. Grâce au Fonds Jeanne Moreau pour le théâtre, le cinéma et l’enfance¹ qui a ouvert ses archives, on peut enfin avoir accès à ces textes : un abécédaire interrompu suivi de ce qu’elle appelait « son livre », qui n’est autre qu’un fleuve de souvenirs de son enfance et de sa carrière, le tout émaillé de photos inédites et de reproductions de lettres (d’amour pour la plupart), complété par des hommages de cinéastes. Tous ces écrits inédits retraçant la vie et la carrière de cette femme fascinante à la voix singulière et inoubliable ne font que confirmer ce qu’on supposait déjà : quelle belle femme et quelle époque !
¹Créé en 2017 à la suite de son décès.

« Pour se faire respecter, il faut être singulière. Singulière, mais pas différente. »

♥ Le Grand Feu de Léonor de Récondo (Albin Michel, août 2023)
par Anne-Claire Gagnon
Si vous avez toujours rêvé de rencontrer Antonio Vivaldi, plongez dan Le Grand Feu, au cœur de Venise, avec Ilaria. C’est elle qui a composé La Stravaganza pour le Maestro qui confiait à ses copistes le soin de mettre en musique ses compositions en développant de si belles envolées, « La musique est un art qui se façonne dans une addition d’âmes », et dont le violon a le privilège d’avoir une âme qui le fait entrer tout entier en résonance. À défaut de pouvoir chanter de toute son âme, Ilaria saura vibrer avec son violon, tout un monde qui s’ouvre. « Une sorte d’apnée, portée par la musique et la sensation de faire corps, de faire son, ensemble, d’en remplir l’église », jusqu’à devenir la respiration du monde. Vous entendrez désormais les anges dans chaque morceau de Vivaldi !

♥ L’iris blanc de Fabcaro et René Goscinny (octobre 2023)
par Anne-Marie Chust
Vicévertus (un mélange de BHL et Dominique de Villepin), médecin de Jules César, chargé de remonter le moral des Romains postés autour du village des Gaulois, prône une école de pensée positive, un coaching révolutionnaire avec ses doses de bienveillance, d’épanouissement personnel, de régime végétarien et de méditation. Ce discours noble cache des buts qui le sont moins (cela ne vous rappelle rien ?). Il instille auprès des garnisons romaines, puis des habitants du village d’Astérix, une philosophie et des façons de s’exprimer nouvelles. Même Bonnemine, qui en a un peu assez d’Abraracourcix ,finit par y céder et rêve de s’échapper à Lutèce… où on découvrira quelques hipsters, des problèmes de CGV (Char à grande vitesse) et de trottinettes… Nos Gaulois et Gauloises retrouveront leurs esprits et tout cela se finira par un bon vieux banquet où le sanglier sera à l’honneur… Ah ! savoir résister à l’air du temps !

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