Femmes dans l’ombre (1)

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À celles qui sont restées dans l’ombre d’un père, d’un mari, d’une institution, d’une oeuvre, chacune de nous a choisi de rendre hommage avec un choix qui reflète, une fois encore, l’esprit curieux et éclectique qui anime notre équipe. Cette semaine : Martha Gellhorn, Helmina von Chézy, Beate Sirota, Dina Vierny.

♦ Martha Gellhorn : ne pas être la troisième Hemingway
par Christine Fleurot
©Wikipedia -M.Gellhorn-Hemingway

Martha Gellhorn, romancière globe-trotteuse, avait une vie et un métier avant de rencontrer à 27 ans Ernest Hemingway. Séduite par la « grâce animale » de l’auteur mondialement connu grâce au succès de L’Adieu aux armes, elle partagea avec lui sept ans dont cinq de mariage tumultueux (1940-1945) entre reportages sur zones de guerre et Cuba, où le couple vivait. Lutter contre l’image hollywoodienne que lui allouait un physique avantageux, se battre contre un machisme ambiant était déjà son quotidien, ses années en tant que  « femme de » lui réservèrent d’autres combats. Le toit de leur merveilleuse Finca Vigia ne supporta guère longtemps d’abriter deux talents littéraires. Accréditée par le magazine Collier’s, Martha Gellhorn, couvrant courageusement tous les grands conflits mondiaux fut sommée un jour par son époux de choisir : « Are you a war correspondent or wife in my bed ? »¹. Jalousie éructée entre deux whisky, puis job piqué par Hemingway pour couvrir le D-Day sonnèrent le glas de leur union. Nouvelliste reconnue, journaliste référence dans toutes les rédactions, Marthy, continua à courir le monde, jusqu’à  son dernier souffle, reniant en rien sa nature libre et gardant à jamais son nom… Gellhorn.

«  Je ne me considère pas comme une note en bas de page dans la vie d’un autre. »

¹ « Es-tu une correspondante de guerre ou une femme dans mon lit ? »
LIRE : Le Monde sur le vif  de Martha Gellhorn (Éditions Le Sonneur, 2019, 800 p., €27,50). La troisième Hemingway de Paula Mc Lain (Presses de la Cité, 2019, 457p, €21.90).
VOIR : Hemingway and Gellhorn (2012) avec Nicole Kidman (sur HBO) 

♦Helmina von Chézy, le parcours exceptionnel d’une érudite
par Anne-Claire Gagnon
©Wikipedia - Helmina von Chézy

Journaliste, critique littéraire et correspondante culturelle à Paris, créatrice à Berlin d’Iduna, un journal de femmes pour les femmes, entre 1820 et 1822, librettiste de Schubert, Helmina de Chézy a exercé tant de métiers, fréquenté tant d’artistes, d’intellectuel(le)s qu’il est vain en 5 lignes de la situer. Issue d’une lignée de femmes de caractère – séparées ou divorcées – Helmina poursuit l’héritage de sa grand-mère poétesse et de sa mère écrivain, pour elle aussi écrire et vivre de sa plume, même dans l’ombre, tout en s’interrogeant sur la place des femmes dans l’art, dans la société. Sans renier ni sacrifier sa liberté, puisque les chats ne faisant pas des chiens, elle aussi divorcera deux fois. Cherry on the cake, Iduna est le symbole islandais de la déesse de l’éternelle jeunesse, que l’on conserve en croquant… des pommes de jouvence. Helmina avait de l’humour et de la culture !

♦Beate Sirota, pionnière du droit des femmes au Japon
par Michèle Robach
©Wikipedia - Beate Sirota

Quel étonnant destin, que celui de Beate Sirota qui, à 22 ans, est amenée à contribuer à la rédaction de la nouvelle constitution japonaise en 1947. Nous sommes à la fin de la deuxième guerre mondiale. Les autorités d’occupation ont pour mission de transformer la société japonaise en une démocratie, de sortir le pays de son féodalisme. Élevée au Japon et partie étudier aux États-Unis, elle retourne à Tokyo en 1945, recrutée par le Général McArthur grâce à sa connaissance, unique pour l’époque, de la langue japonaise. Très vite elle est impliquée dans la rédaction de la nouvelle constitution. Seule femme au sein de l’équipe, reconnue pour sa connaissance profonde du Japon d’avant guerre, elle se voit attribuer la clause des droits des femmes. Avant la seconde guerre mondiale, les Japonaises n’avaient aucun droit. La nouvelle constitution va leur assurer le droit au mariage, au divorce par choix, à l’héritage, au choix du domicile, à la propriété, et surtout le droit de vote et celui de se présenter à des mandats électoraux. Les femmes japonaises vont désormais (au moins juridiquement) bénéficier de droits égaux aux hommes.

LIRE Le dernier voyage pour Yokohama Michel Wasserman, Nassrine Azimi (Ed.  Le ver à soie, 2013).
The Only Woman in the Room Beate Sirota Gordon (Ed. Kodansha International, 2001).

♦Dina Vierny, muse à 15 ans (1919-2009)
par Agnès Brunel-Averseng
©Wikipedia - Dina Vierny

Issue de la communauté juive russe installée en Roumanie, fille de musiciens, Dina arrive à Paris en 1925. Elle fréquente le milieu artistique, les surréalistes, rencontre le sculpteur, Aristide Maillol et devient son unique modèle. Elle a 15 ans, lui 73. Il est son Pygmalion, son refuge. Promise à la déportation lors de la seconde guerre mondiale pour son aide aux résistants, arrêtée deux fois, elle ne devra son salut qu’aux interventions de Maillol. À sa mort, en 1944, elle devient son exécuteur testamentaire. Sa vie lui sera dédiée, elle n’aura de cesse que de faire vivre et connaître son œuvre. En 1964, elle crée sa fondation, « Dina Vierny », et fait don de nombreuses statues d’elle à l’État français qu’André Malraux placera dans tout Paris. Dina est partout !
Aujourd’hui le magnifique Musée Maillol, propriété de la fondation, est l’écrin de l’œuvre du sculpteur et héberge de belles expositions, permanentes et temporaires.

VISITER Musée Maillol, 61 rue de Grenelle, 75007 Paris.
VOIR Dina Vierny et Aristide Maillol  
film de Lei Aznavour

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